Article paru dans le journal paroissial en mai 1986 sous le n° 96. Auteur inconnu à ce jour.

LA MONTEE D'UNE FAMILLE A CUDOS

En 1544, Pour financer les guerres d'Italie, François Ier lève un emprunt obligatoire sur les principaux propriétaires ; ils sont sept à Cudos :
- Messire Pierre Benquet, qui a laissé son nom au lieu-dit où il habitait, mais par la suite la propriété passe aux Lescouzères, qui se multiplient et doivent construire. Les groupes de trois ou quatre maisons que l'on rencontre en Bazadais ont habituellement pour origine la multiplication d'une famille disposant d’un certain patrimoine.
-Même aventure pour les six autres propriétaires imposés, tous des Lagardère, trois groupes de deux frères, dont certains sont centrés sur le groupe de maisons de Peyron. Deux d'entre eux sont appelés «messire» et effectivement les Lagardère ont toujours eu un notaire dans la famille, parfois un juge. Au XVIII° siècle, un habitant de Cudos sur quatre s'appelait Lescouzères ou Lagardère.
    Sur cet emprunt ne figure aucun Brustis. Pourtant, en 1707, toute une partie des meilleures terres de Cudos leur appartient. Pour se différencier, ils font suivre leur nom de celui de leur maison : Brustis – Piroye, Brustis - Lachasse, Brustis - Fonbardin, Brustis - Cabanac.
Les Brustis n'ont pas pris la place des Lagardère, qui existent encore en 1707 ; tout au plus ont-ils pu en prendre une partie. Si les terres qui seront celles des Brustis vers 1700 ne sont pas visées par I'emprunt de 1544, c’est parce qu'elles appartenaient à divers petits propriétaires, trop petits pour être taxés. Les propriétés des diverses branches Brustis en 1707 ne sont pas nées du partage d’un immense domaine entre des héritiers : ceux-ci, au contraire, étaient arrivés à ajouter à leur part d'héritage leurs propres acquisitions. Ce pourrait bien être au départ une famille de meuniers, le coeur de leur patrimoine, ce qui est partagé par les héritages est au lieu-dit Cabanac avec, sur le ruisseau du Dron, le moulin de la Moulette et la «gourgue de Cabanac»; l'un d'eux est d'ailleurs Brustis-Lamoulette. Ils ont aussi une implantation secondaire auprès du moulin de la Rouquette, sur le ruisseau de la Grange (l'un d'eux est aussi Brustis-Lagrange). Un meunier est payé en nature; il a du grain à vendre ; il prête quand la fin de saison est difficile. Un meunier qui réussit devient facilement marchand. Au XVII°, on trouve des marchands dans au moins trois branches de la famille. Par le commerce ils accèdent à la bourgeoisie bazadaise. Ils vont s’y tailler une place. A l’époque, on n'achetait pas seulement une étude de notaire, mais aussi les « charges » de juge, procureur et autres ; c'était le meilleur placement pour les bénéfices de leur commerce et des Brustis ont occupé à peu près toutes les charges possibles. Même Jean Brustis, déjà lieutenant général de police de Bazas, achète, lorsqu'elle est créée, la charge de maire perpétuel de Bazas ; il se fait alors anoblir et devient Brustis de Cabanac. Leurs mariages se concluaient dans la bourgeoisie ; ils commencent à viser la noblesse; mais ils ne tarderont pas à être en perte de vitesse.
La famille figure au cadastre, dès 1576, pour des terres à Lachasse et Cabanac.
    Les Brustis-Fonbardin sont connus à partir de 1595 : François Brustis, notaire, s'approprie la métairie de la Pla en paiement d'une dette ; c'est le seul notaire connu dans la famille. En 1627 et 1661, on trouve un Bertrand Brusyis, sans doute son fils, puis son petit-fils ; celui-ci meurt vers 1670 avec deux enfants mineurs {son frère Pierre, chanoine est leur tuteur) : Catherine et Pierre, « bourgeois de Bazas » (peut-être marchand). La maison des Fonbardin qui a été remplacée il y a une dizaine d'années par le château actuel.
Sur les terres de Cabanac on trouve de 1593 à 1707 au moins trois Pierre Brustis successifs ; le dernier, procureur, doit être Brustis-Lamoulette dont les fils donnent naissance à deux branches ; Lachasse et Cabanac. Brustis-Lachasse (la famille avait du bien là en 1576) : en 1707, c'est Martial, marchand ; le nom disparaît quand I'héritière épouse un officier, Sarraute, qui a laissé son nom à la maison.
    A partir de 1699, les Brustis se transmettent de père en fils la charge de maire de Bazas qu'ils ont achetée. Leurs biens de Cabanac étaient très morcelés par les héritages et par des biens appartenant à d'autres propriétaires ; quand Jean Brustis est anobli pour sa terre de Cabanac, cela suppose un domaine homogène. 0n y arrive en expropriant, entre autres, Brustis le Mineur, marchand. Pour la circonstance, il fait construire à côté de sa maison une demeure que son occupant actuel vient de restaurer.
    Les Brustis- Lagrange disparaissent début XVIII°, Brustis-Piroye paraît de la même branche, peut-être un fils ; dans la famille, on trouve un avocat, un officier. Leur maison existe encore. La branche qui se transmet de père en fils la charge de juge était déjà à Labeyrie en 1638, quatre métairies d'un seul tenant. Au XVIII°, Labeyrie passe par héritage aux Giresse, dont l'un, devenu secrétaire du Dauphin et anobli en 1818, fera construire, à la mesure de sa nouvelle condition et dans le style pompeux de l'époque, le château qui abrite actuellement l'école d'agriculture.
    L'ancien manoir Brustis, rectangulaire et avec une tour en façade, a été détruit il y a une cinquantaine d'années, Cette famille, nombreuse, a gravi les échelons, s'est enrichie. Chacun a acheté des terres où il pouvait, à Cudos ou ailleurs, mais chacun, fidèle à ses origines a tenu à avoir auprès du noyau d'origine, une demeure autour de laquelle, par achat, échange, expropriation, il a essayé de constituer un domaine. Tout cela juxtaposé faisait sur le cadastre de 1707, un ensemble impressionnant.

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