ERFURT BALLAD
Air : Amoureuse ballade
Valse

Erfurt le 12 février 1915

C'est tout attendri,
Mon trésor chéri
Que j'écris cette triste lettre.
Toujours tu sauras que si loin de toi
Je souffre mais ne t'oublie pas.
Être si longtemps enfermé
Sans cesse espionné
Faire sans trop paraître
Que nous sommes leurs prisonniers.
Triste vérité, raillant notre fierté.
Et l'on parcourt sombre et songeur
Notre camp pour soulager son cœur.
Bien tristement l'on se balade
C'est l'assommante promenade
Nos yeux se dirigent au couchant
Et semblent s'y fixer tendrement.
On repasse toute sa vie.
Toutes ses amours et folies.
Puis on s'en va le cœur brisé
Nous pleurons mais en vain la bien aimée

Deuxième couplet
Quand descend le soir
C'est non sans espoir
Que l'on pense à sa chère France
Ce si beau pays
Où tous deux jadis
Nous vécûmes des jours bénis.
Lorsqu'après un léger repas
Sur le dur grabat
On cache nos souffrances
Les yeux se ferment lentement
Un rêve charmant
Nous berce en dormant
Et l'on revoit les heureux jours
Partageant notre plus tendre amour

Refrain
Dans un doux rêve on se ballade
La délicieuse promenade
Je revois les sentiers joyeux
D'où s'épanchaient nos cœurs amoureux
Ces jours divins ma douce amie
Où nous nous grisions de folies
S'éclipsent tout à coup hélas!
Et mon cœur au réveil sonne le glas

Troisième couplet
Fuyant nos douleurs
Avec quel bonheur
Nous repasserons la frontière
D'être délivrés
Douce liberté
Nous oublierons dans un baiser.
Pour toi mon cœur est plein d'amour
Te chérir toujours
La vie toute entière
Être sans cesse près de toi
Le cœur plein d'émoi
Plus heureux qu'un roi
Nous redirons les mots charmants
Fredonnés autrefois tendrement

Refrain
Bien longuement on se ballade
C'est la dernière promenade.
La tristesse à jamais s'enfuit
Et le train disparaît dans la nuit
On retrouve enfin sa patrie
C'est un des beaux jours de la vie
Mais dans le cœur reste gravé
Le souvenir cuisant de prisonnier

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