Les atrocités modernes
La Guerre de 1914

Erfurt le 10 décembre 1914

Depuis longtemps déjà l'on redoutait
Non sans raison une nouvelle guerre
Car nos voisins de l'est, trop nombreux bien armés,
Pour d'insignes motifs cherchaient toujours querelle.

Le fléau redouté s'est hélas déchaîné!
Prenant des proportions vraiment inconcevables
Dans ses remous terribles, il a pris, entraîné
L'Europe toute entière: oh spectacle effroyable

Nous sommes alors partis, quittant le cœur meurtri
Nos familles chéries,nos femmes, nos enfants
Nos parents déjà vieux, laissant nos industries
Nos espoirs, nos travaux, nos femmes et nos champs

Et l'on aura pu voir les armées des alliés
En longs serpents d'airain, silencieuses, glisser
Vers le lieu des combats des terribles batailles
Et le choc s'est produit, terrible, inévitable

Mitrailleuses,fusils, canons, aéroplanes,
Armes perfectionnées semant partout la mort
Cachant à qui mieux mieux, la terrible mitraille
Qui fauche les plus braves, terrasse les plus forts

Les mourants et les morts se comptent par milliers
Avec grand peine ont peut creuser assez de tombes
Les hôpitaux partout regorgent de blessés
Quelle pitié de voir une telle hécatombe

Quel serait donc le bras assez puissant
Capable d'enrayer cette affreuse tuerie ?
Mais nul ne peut se sentir assez grand
Pour arrêter l'horrible boucherie

Car le fléau a tant d'intensité
Chercher a l'arrêter serait presque folie
Et l'on pourrait bien craindre qu'à son tour entraînés
Ou pris dans les remous, on n'y laisse la vie

Et comme si le mal n'était pas assez grand
Voici que l'âpre hiver et son triste cortège
De froid, de maladies, augmente la détresse
Et vient causer encore des vides dans les rangs

Et là-bas au pays les pauvres délaissés
Femmes, enfants, vieillards, sans pain ou sans chaumière
Attendent mais en vain que l'être bien aimé
Revienne à leur secours… et il est mort peut-être

Et lorsque Dieu, pris d'un courroux vengeur
Aura permis d'écraser les coupables
Causes premières de tant de malheurs
Pour ceux qui reviendront, quel coup d'œil pitoyable

Leur village incendié, leurs familles détruites
Leur bonheur d'autrefois brisé à tout jamais,
Leurs champs tous ravagés, naguères si fertiles
Et qui chômeront encor longtemps, faute d'ouvriers

Conclusion
Quelle leçon pour nous peuples civilisés
Que d'arriver à de telles misères
Malgré la civilisations et malgré le progrès
Dont nous étions si fiers, en plein vingtième siècle

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